« Voyage en Haute-Egypte » : Catherine Mayeur-Jaouen au plus près des coptes-catholiques

Histoire d’un livre. L’historienne s’intéresse depuis longtemps à cette minorité religieuse d’Egypte, aujourd’hui plus menacée que jamais. Ce qui l’a incitée à livrer tout ce qu’elle en sait.

Par Florent Georgesco Publié le 10 février 2019 à 06h00

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Voyage en Haute-Egypte. Prêtres, coptes et catholiques, de Catherine Mayeur-Jaouen, préface de Robert Solé, CNRS Editions, 416 p., 26 €.

Procession à Deir Dronka, près d’Assiout, Haute-Egypte, en 2007. d43608f_-uAv0cffCEheVMhaR3Bnb2_o.jpg Procession à Deir Dronka, près d’Assiout, Haute-Egypte, en 2007. DENIS DAILLEUX / AGENCE VU

Le lecteur ne doit pas se vexer : il ne sera pas le premier à découvrir grâce à Catherine Mayeur-Jaouen l’existence même des coptes-catholiques. Maurice Poulet, éditeur chevronné officiant à CNRS Editions, qui s’est occupé de Voyage en Haute-Egypte, l’avoue tout de suite quand on lui demande d’en raconter la genèse : « J’ai déjà édité des livres sur l’Egypte contemporaine, mais je n’en avais pas entendu parler avant de recevoir ce manuscrit. »

Ils constituent, de fait, l’une des plus petites communautés du pays – entre 250 000 et 300 000 personnes, soit 0,3 %, au maximum, d’une population estimée à un peu moins de 98 millions –, que l’œil occidental a du mal à distinguer au milieu de l’ensemble des coptes – peut-être 8 millions, un peu plus de 8 % –, dont la très grande majorité est orthodoxe et regarde cette minorité de la minorité, elle-même noyée dans un océan musulman, avec une certaine condescendance, voire de la surprise : comment peut-on être égyptien, copte (statut déjà très inconfortable) et catholique ?

Première synthèse en français sur ces Egyptiens méconnus

C’est aussi la question de Catherine Mayeur-Jaouen dans ce livre touffu, à la fois première synthèse en français sur l’histoire et la condition actuelle de ces Egyptiens méconnus, enquête anthropologique et récit d’une relation passionnée entre la spécialiste de l’islam populaire, professeure d’histoire contemporaine à la Sorbonne, et cette micro-société, incarnée dans quelques figures de prêtres et de fidèles dont elle raconte la persévérance, le refus d’abandonner leur foi et leur mode de vie – tout ce qui en fait des figures marginales et décidées à le demeurer. « Il faut dire qu’ils sont assez obstinés », commente-t-elle.

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L’historienne a longtemps hésité sur la forme à donner à ce projet « à la marge ». « Ce n’était pas un objet facile. Il ne s’agissait pas de raconter ma vie. Mais je ne pouvais évacuer mon expérience. » Il remonte loin, en effet, dans son passé, à ces mois de 1989 où, venue au Caire travailler à une thèse sur le saint musulman Al-Sayyid al-Badawi (1200-1276), elle enseigna le français au séminaire copte-catholique, rencontrant « par effraction », dit-elle, ce monde, ces gens, surtout : les jeunes séminaristes des villages déshérités de la Haute-Egypte, où sont concentrés les coptes-catholiques – Khaled, Romani, Francis, Amir… avec lesquels se noua alors une amitié jamais démentie et qui, devenus prêtres, lui ont servi de guides et de « personnages » au long de la préparation du livre.



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