"Bien portant avec la medecine du prophète" : traité de tolérance médicale

La médecine du monde islamique et la médecine européenne sont jumelles. Partant de ce constat les médecins et romanciers* Jamil Rahmani et Michel Canesi, le premier Algérien, le second Français, remettent au goût du jour le traité de Jalal ad-Dine as-Suyuti datant du XVe siècle qui livre aux croyants les conseils, observations et pratiques du Prophète Mohamed en matière de santé. Dans Bien Portant avec la Médecine du Prophète, ed. JC Lattès, collection Orients, les deux auteurs réhabilitent une médecine ancestrale étonnamment moderne et sans tabou, une science qui protège la vie et les hommes. Un livre à contre-courant de la pensée de certains hommes politiques, journalistes et écrivains occidentaux, voire maghrébins, qui ont fait des attaques contre l’Islam leur fond de commerce.

HuffPost Algérie: Qu’avez-vous découvert en lisant La Médecine du Prophète ?

Jamil Rahmani & Michel Canes : L’étonnante proximité de la médecine occidentale et musulmane jusqu’au 17ème siècle. La tempérance prônée par le Prophète et ses disciples, la philosophie du juste milieu qui condamne les extrêmes.

En quoi la médecine du monde islamique et la médecine européenne sont-elles jumelles ?

Les Arabes sont les héritiers d’Athènes et de Rome, ils ont transmis au monde la culture gréco-romaine. Les Musulmans ont repris à leur compte la médecine antique, ils l’ont diffusée. C’est ainsi que l’on soignait avec les mêmes remèdes à Paris, Damas, Bagdad ou Londres.

A la lecture du livre, on est frappé par le pragmatisme, la pertinence et la modernité de conseils prodigués il y a douze siècles. Comment l’expliquez-vous ?

Les principes thérapeutiques de la médecine musulmane sont basés sur des siècles et des siècles d’observation. Le refus de l’excès était déjà prôné par les grecs et la médecine moderne a repris à son compte bon nombre de conseils ancestraux appliqués depuis toujours chez les musulmans : manger modérément, éviter la sédentarité, le stress.

Il ne semble pas y avoir de tabous dans les thèmes abordés. Même le coït et l’impuissance ont leur chapitre.

Pour les musulmans les plaisirs de la chair sont reconnus et n’ont pas pour seul but la procréation. Ils sont indispensables et permettent l’épanouissement des êtres. Le plaisir féminin a toute sa place dans la sphère islamique. La contraception était admise sous réserve de l’accord des deux partenaires.

Alors comment concrètement rester en bonne santé ?

En évitant les comportements extrêmes, e n mangeant sainement, en pratiquant du sport, en appliquant la théorie des petits bonheurs. En effet, il faut avoir plusieurs sujets de contentement dans sa vie pour éviter la monotonie et le désespoir lors des coups du sort.

L’alimentation occupe une grande place dans le livre. Quels conseils donneriez-vous dans ce domaine ?

Pas d’excès, avoir une alimentation équilibrée, manger des fruits et des légumes, privilégier les aliments riches en fibre. Éviter les aliments trop gras, préférer les graisses végétales (huile d’olive, de raisin ou de noix) aux graisses animales. Manger du poisson. En Afrique du Nord, la cuisine traditionnelle répond en grande partie aux recommandations des diététiciens. Pour des raisons économiques, elle était carencée en protéines animales, hormis ce point les plats concoctés par nos mères et nos grand-mères étaient garants d’une bonne forme.

Qui est obsédé par le souci a le corps malade″, souligne le texte. Bien avant la Psychanalyse, l’esprit aussi était-il un sujet de préoccupation de la médecine islamique ?

Oui, l’équilibre psychique est indispensable au bon fonctionnement de l’organisme humain. Sans la santé de l’esprit, il n’y a pas de santé du corps. La colère, le chagrin, le deuil doivent être tenus à distance. Le fatalisme reproché aux musulmans est en fait l’acceptation de la destinée pour mieux lui résister.

À travers cette relecture de La Médecine du Prophète, c’est aussi la culture musulmane que vous mettez à l’honneur ?

Oui, la culture musulmane est une grande culture et ce que nous avons voulu montrer c’est qu’elle était sœur de la culture occidentale et non pas son ennemie. Il n’y a pas et il n’y a aura pas de choc des civilisations car les civilisations occidentale et musulmane ont les mêmes racines.   

Vous défendez un islam tolérant et décrivez une religion empreinte de bienveillance au quotidien. Est-ce une façon pour vous de réhabiliter un islam dont l’image a été fortement dégradé en Occident ?

L’Islam n’a aucun besoin d’être réhabilité, c’est une foi puissante partagée par des millions de pratiquants. Elle prône une philosophie de vie identique à celle des autres religions monothéistes : respect du prochain, de la vie humaine, refus des extrêmes. Le message de tolérance et d’humanité de l’Islam a été dévoyé par une minorité. Le Christianisme aussi a connu des déviances, il n’en demeure pas moins une religion respectée d’amour et de paix. Les enjeux géostratégiques ont fait que l’Islam a été instrumentalisé non seulement par certains Musulmans mais aussi par de nombreux Occidentaux.

Vous terminez par le constat que nous partageons tous la même biologie. Il y a donc de l’espoir ?

Il n’y a pas, nous le répétons, de choc des civilisations, ce concept stupide a été élaboré par des individus en mal de notoriété.  Non seulement nous partageons la même biologie mais les mêmes racines. Écoutez Russians la chanson de Sting, remplacez Russes par Musulmans et vous aurez l’exact reflet de la réalité. L’immense majorité des musulmans, tout comme les adeptes des autres religions, aspirent à la paix et à la prospérité.

*Michel Canesi et Jamil Rahmani ont notamment écrit Alger sans Mozart, ed. Dalimen en Algérie, Folio en France ; Villa Taylor, ed. Anne Carrière, récemment paru en Livre de Poche.



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