« L’Iran va mal, mais la République islamique ne s’écroule pas »

Voir aussi Les 40 ans de la révolution en Iran : les mois qui ont fait basculer le règne du chah

L’Iran célèbre, lundi 11 février, les 40 ans de la révolution qui a donné naissance à la République islamique. Mais avec le retour des sanctions américaines, le pays n’a pas le cœur à la fête. Notre journaliste Louis Imbert, qui suit l’actualité du pays et du Proche-Orient, répond à vos questions sur l’état d’esprit des Iraniens, alors que la situation économique n’en finit pas de se dégrader, et alors que nombre de promesses de la révolution n’ont pas été tenues. Il revient aussi sur les blocages de la vie politique iranienne et sur la tentation du changement de régime qui anime Washington.

Eude : Cet anniversaire n’a pas l’air gai. Cette République islamique va-t-elle encore durer longtemps ?

      <p><strong>Louis Imbert : </strong>En effet, l’Etat iranien a organisé des célébrations sans plus d’apprêt qu’à l’ordinaire. Il s’agit de rester sobre. Le pays va mal : le retour des sanctions américaines, après le retrait de Washington de l’accord international sur le nucléaire, en mai 2018, a contribué à déstabiliser une économie malade de longue date. Nombre d’Iraniens de la classe moyenne ont basculé dans la pauvreté presque du jour au lendemain. Il y a des grèves, des manifestations éparses, presque tous les jours et un peu partout à travers le pays.</p>            <p>Pour autant, la République islamique ne s’écroule pas. L’appareil sécuritaire est solide. Il se renforce à la faveur des sanctions. Il n’y a pas d’alternative crédible, et la classe moyenne aurait trop à perdre à un changement de régime : elle désespère, mais elle prend son mal en patience.</p>               <span>  Lire aussi </span><span> <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/11/les-40-ans-de-la-revolution-en-iran-huit-articles-pour-comprendre-un-anniversaire-au-gout-amer_5421820_3210.html">Les 40 ans de la révolution en Iran : huit articles pour comprendre un anniversaire au goût amer</a> </span> <h3><strong>Multatuli : </strong>Comment le système politique iranien évolue-t-il ces dernières années ?</h3>          <p>Tout est bloqué. L’Etat avait misé sur l’accord international sur le nucléaire de 2015, pour attirer des investissements étrangers (notamment occidentaux) dans le pays. Le président modéré, Hassan Rohani, nourrissait l’espoir de faire évoluer au passage le <em>« système »</em>, tout en en garantissant la survie. C’est un échec.</p>          <p>M. Rohani est démonétisé. Ses alliés réformateurs ont de moins en moins de poids. Les conservateurs eux-mêmes sont en plein doute : ils craignent de perdre leurs assises dans les classes populaires.</p>          <p>Le système politique iranien donne l’impression de ne pas avoir de vue à long terme, autre que l’immobilisme. Tout changement est douloureux, presque impossible. Or, l’Iran n’a pas les moyens de continuer simplement à rouiller… Un débat a pris corps dans le pays, dans les milieux d’affaires comme parmi les plus pauvres : les Iraniens s’interrogent ouvertement sur la capacité de la République islamique à survivre dans sa forme actuelle.</p>          <h3><strong>22420 : </strong>Pourquoi imposer des sanctions économiques aussi lourdes à un pays, et donc à un peuple, plutôt que de bloquer l’import des ressources nécessaires à la fabrication d’armes nucléaires ? Quels sont les enjeux politiques ou économiques à affamer ce peuple ?</h3>          <p>Les sanctions américaines visent avant tout à faire souffrir l’Iran et, malheureusement, les Iraniens aussi, au passage. C’est un enjeu de politique intérieure américain : le président américain, Donald Trump, a voulu dénoncer l’accord nucléaire signé par son prédécesseur, Barack Obama. L’Iran est un repoussoir à Washington, le sujet d’un débat presque irrationnel. M. Trump ne paraît pas avoir d’alternative crédible, sinon de repousser l’Iran <em>« dans sa boîte »</em>. Et il serait satisfait si la République islamique s’écroulait par mégarde.</p>               <span>  <span><span>Article réservé à nos abonnés</span></span>  Lire aussi </span><span> <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/10/l-iran-quarante-ans-d-obsession-americaine_5421738_3210.html">L’Iran, 40 ans d’obsession américaine</a> </span> <h3><strong>Breton : </strong>De l’extérieur, on a l’impression que la société iranienne est parcourue d’une envie discrète mais certaine sur les questions de société. Mais une libération des mœurs est-elle vraiment à l’ordre du jour ?</h3>          <p>Cette libération des mœurs existe de longue date. Elle est lente et souvent difficile, mais irrémédiable. Les Iraniens ont de l’avance sur leurs lois ! Le récit de ma collègue Ghazal Golshiri le raconte de façon très claire, au sein d’une famille, depuis 1979.</p>               <span>  <span><span>Article réservé à nos abonnés</span></span>  Lire aussi </span><span> <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/08/une-famille-iranienne-quarante-ans-apres-la-revolution_5420717_3210.html">Quarante ans après la révolution, les métamorphoses d’une famille iranienne</a> </span>  <img src="https://img.lemde.fr/2019/02/11/0/0/4620/2917/688/0/60/0/14dc017_dLCwVpEmya3uL_ITilpb9hbf.jpg" alt="14dc017_dLCwVpEmya3uL_ITilpb9hbf.jpg"> Des manifestants célèbrent le 40e anniversaire de la révolution qui a donné naissance à la République islamique, à Téhéran, lundi 11 février. Vahid Salemi / AP<h3>Idefix :<strong> </strong>Les dirigeants iraniens se sentent-ils piégés par leur propre politique extérieure (Liban, Syrie, Yémen) ou sont-ils plutôt confiants ?</h3>          <p>Les responsables d’Etat les plus confiants que l’on puisse trouver à Téhéran ces derniers mois sont ceux qui sont chargés de la politique régionale. Ils ont le sentiment d’avoir affermi la position iranienne : en Syrie, ils se tiennent debout dans les ruines du pays, aux côtés du régime allié de Bachar Al-Assad. Les Etats-Unis s’apprêtent à désengager leurs troupes du pays. L’Iran n’a pas les moyens de reconstruire la Syrie, mais estime avoir gagné la guerre.</p>          <p>En Irak et au Liban, Téhéran jouit par ailleurs d’une influence sans rival. Au Yémen, il appuie de loin et à bas coût la rébellion houthiste, qui est une épine dans le flanc de son grand rival saoudien.</p>          <p>Mais cette politique régionale coûte cher – elle a fait l’objet de critiques régulières dans des manifestations populaires en Iran. Il n’est pas certain que Téhéran en ait les moyens. Et le pays voit se multiplier les prétextes d’escalade avec ses rivaux régionaux, l’Arabie saoudite et Israël. Il se fait prudent : il cherche à laisser passer l’orage.</p>          <h3>Wiibroe : Pourquoi dites-vous que la classe moyenne aurait trop à perdre d’un changement de régime ?</h3>          <p>Les trentenaires questionnent depuis longtemps leurs parents : pourquoi ont-ils fait cette révolution ? Chez les jeunes de 20 ans, un nihilisme inquiétant se répand. Mais en décembre 2017, la classe moyenne s’est alignée sur le pouvoir en dénonçant des manifestations qui ont emporté 80 villes, dans lesquelles quelques slogans appelaient à la chute de la République islamique.</p>          <p>La classe moyenne voit s’effriter le <em>« pacte républicain »</em> qu’elle avait noué avec M. Rohani : la paix sociale contre un certain respect par l’Etat de l’espace privé. Mais elle y tient encore. Les émeutes sont nées dans des régions marginalisées, parmi les déçus des promesses révolutionnaires, qui ont perdu patience.</p>          <h3>Moilo :<strong> </strong>Les tumultueux voisins israéliens et saoudiens se satisfont-ils de la situation politique actuelle de l’Iran ?</h3>          <p>Ils ont été surpris de l’efficacité des sanctions américaines, et ils en redemandent. Ils estiment avoir, sous la présidence de Donald Trump, une fenêtre d’opportunité pour « repousser » l’influence iranienne dans la région, voire plus.</p>          <p>Mais ils craignent la volonté de retrait de M. Trump –<em> <em>« l’Amérique d’abord »</em></em>. Ils savent que le président américain n’a que peu d’intérêt pour la région, qu’il souhaite retirer les troupes de Syrie, et être celui qui mettra fin à dix-sept ans d’engagement en Afghanistan. Il demande, par ailleurs, explicitement à Riyad de financer une partie de ses opérations, si le royaume souhaite qu’elles se poursuivent.</p>          <h3>Shakshouka : Qu’en est-il de l’ancien président conservateur Mahmoud Ahmadinejad ? Que devient-il ? Est-il toujours sur la scène politique ?</h3>             <img src="https://img.lemde.fr/2019/02/11/0/0/4000/2666/688/0/60/0/398b4c1_adV-e0jPrNXJsFz8triYVwhl.jpg" alt="398b4c1_adV-e0jPrNXJsFz8triYVwhl.jpg"> Des femmes iraniennes portent le portrait du Guide suprême,  Ali Khamenei, alors qu’elles participent aux cérémonies d’anniversaire de la révolution à Téhéran, lundi 11 févier. Ebrahim Noroozi / AP<p>Comme tous les anciens présidents iraniens, il est en délicatesse avec la justice. Plusieurs de ses proches sont en prison. Il est accusé d’avoir profité financièrement des années de contrebande d’Etat, qui ont permis de contourner, mal et à grands frais, les sanctions internationales jusqu’en 2015. Son camp ultraconservateur ne lui pardonne pas d’avoir défié l’autorité du Guide suprême, Ali Khamenei, arbitre de la vie politique iranienne et plus haute autorité de l’Etat.</p>          <p>Mahmoud Ahmadinejad continue pourtant ses provocations. Il énonce des critiques d’une rare force contre le <em>« système »</em>. C’est une figure en roue libre… Les libéraux et les défenseurs des droits de l’homme, auxquels il fait désormais des appels du pied, le moquent. Il s’était acharné sur eux du temps de sa présidence.</p>          <p>Mais Mahmoud Ahmadinejad reste une figure appréciée dans les bases sociales de la République islamique : il critique violemment les <em>« corrompus »</em> et l’Etat (mauvais) administrateur. Il est du côté des petits, de ceux au nom desquels la révolution a été faite, en 1979. Longtemps, il a permis de maintenir ces gens dans le <em>« système »</em>. Certains ont cessé de voter depuis qu’Ahmadinejad s’est marginalisé et ont participé aux manifestations de décembre 2017.</p>          <h3>Matt : Au niveau international, où en sont les relations de l’Iran avec les puissances émergentes, en particulier la Russie ou, surtout, la Chine (voire les autres : le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud) ?</h3>          <p>Un slogan majeur de la révolution de 1979 disait : « Ni Est ni Ouest ». L’Iran se voulait indépendant de l’Amérique comme de la Russie soviétique. L’ironie est cruelle : quarante ans plus tard, Téhéran est de plus en plus sous l’influence de la Chine et de la Russie. Pékin a garanti sa survie économique durant la précédente phase de sanctions, jusqu’en 2015. Moscou est un pare-feu diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU – et un parrain militaire en Syrie.</p>          <p>Mais ces puissances ne sont pas des alliées : elles utilisent Téhéran comme une monnaie d’échange dans leurs propres négociations avec Washington. Lorsque M. Trump s’est retiré de l’accord nucléaire, en mai 2018, Vladimir Poutine est resté absolument silencieux sur le sujet pendant une dizaine de jours. Pas un mot. Pékin, de son côté, tarde à relancer son commerce avec Téhéran, ses achats de pétrole, et visiblement les mécanismes financiers qui avaient tant aidé l’Iran jusqu’en 2015.</p>          <h3>Matt : Si le régime actuel s’écroulait, le risque ne serait-il pas que des leaders plus extrémistes encore prennent le pouvoir en Iran ? Le pays semble manquer d’alternatives politiques pour offrir une autre solution au pays.</h3>          <p>Il n’y a pas d’alternative : c’est un constat largement répandu en Iran. Les oppositions établies à l’étranger ne sont pas jugées crédibles par la plupart des Iraniens. La monarchie a vécu, les Moudjahidin du peuple iranien, établis en France, sont largement détestés. Notamment parce qu’ils se sont rangés du côté de Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak, qui a fait entre 500 000 et 700 000 morts dans les deux camps entre 1980 et 1988.</p>          <h3>Pseudo : Les jeunes sont-ils majoritairement croyants ou existe-t-il une baisse de l’influence de la religion chiite ?</h3>             <img src="https://img.lemde.fr/2019/02/11/0/0/5184/3456/688/0/60/0/6b1e0bf_5ac3045dd08d4ca7ba0a3fbdda473926-5ac3045dd08d4ca7ba0a3fbdda473926-0.jpg" alt="6b1e0bf_5ac3045dd08d4ca7ba0a3fbdda473926"> Manifestation à Téhéran, le 11 février, pour fêter les 40 ans de la révolution islamique. Vahid Salemi / AP<p>C’est un paradoxe bien connu de la République islamique, qui a produit, en quarante ans, l’une des sociétés les plus sécularisées du Proche-Orient. La question n’est pas tant de savoir si les gens restent religieux – ils le sont bien souvent, sous diverses formes, par tradition, par dévotion privée… – mais plutôt : quelles relations veulent-ils entre la religion et l’Etat ?</p>          <p>Ce mot, <em>« séculaire »</em>, est un repoussoir pour le clergé. Il fait peur. Mais si vous écoutez les hauts clercs chiites qui se placent dans la perspective de la réforme, ceux qui ont fait la révolution en 1979 avec l’idée de faire évoluer les cadres du chiisme, ils ne disent rien d’autre…, seule l’étiquette, <em><em>« séculaire, laïque »</em></em>, gêne…</p>          <p>Dans le même temps, des ultraconservateurs, très politisés, les accusent de laisser la laïcité prendre racine dans les séminaires…</p>               <span>  <span><span>Article réservé à nos abonnés</span></span>  Lire aussi </span><span> <a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/08/a-qom-la-discrete-emancipation-du-haut-clerge_5421223_3210.html">A Qom, la discrète émancipation du haut clergé iranien</a> </span> <h3>Paul : De plus en plus d’Iraniens critiquent ouvertement le régime, et ce même en témoignant dans la presse étrangère à visage découvert. Ces personnes ne s’exposent-elles pas à des sanctions ou des répressions ? Le régime se montre-t-il plus tolérant à ce propos ?</h3>          <p>L’Etat est bien forcé de constater que ça ne va pas fort… Il lâche du lest. Les factions politiques usent aussi de ces critiques du peuple pour se tirer dans les pattes. Mais l’Etat réprime aussi, c’est évident : Amnesty International a recensé cette année quelque 7 000 arrestations liées à des mouvements de revendication économique ou contre les blocages politiques.</p>          <h3>Mendo : Sait-on si les sanctions économiques ont le pouvoir de freiner ou d’empêcher un programme nucléaire militaire ?</h3>          <p>L’Iran ne cesse de répéter qu’il n’a rien obtenu de l’accord nucléaire – de fait, les investissements étrangers n’ont pas eu lieu ! La conséquence logique, c’est que Téhéran a peu de raisons de le respecter… Mais le régime n’est pas si isolé diplomatiquement qu’en 2012, avant l’accord : tant qu’il ne relance pas ses centrifugeuses, il a l’appui de la Chine, de la Russie, un peu aussi des Européens. L’Etat ne veut pas prêter le flanc aux menaces des Etats-Unis et de ses alliés régionaux, Israël et l’Arabie saoudite. Il fait le dos rond et espère tenir.</p>             <a href="https://www.lemonde.fr/international/reactions/2019/02/11/il-n-y-a-pas-d-alternative-politique-en-iran-c-est-un-constat-largement-repandu-dans-le-pays_5422090_3210.html">  Réagissez ou consultez l’ensemble des commentaires </a>



La source directe

Pourquoi il est faux de considérer le Coran comme antisémite

Islam

Propos recueillis par Raphaël Buisson-Rozensztrauch
publié le 11/02/2019

Dans son livre Les Juifs dans le Coran*, l’islamologue Meir Michael Bar-Asher observe que chaque sourate du Coran est empreinte d’éléments bibliques, juifs ou chrétiens, et que les rapports entre islam et judaïsme sont bien plus complexes que la caricature qui en est souvent faite.

Un juif et un musulman, XIXe siècle.   © Bridgeman

Un juif et un musulman, XIXe siècle.

© Bridgeman

La place des juifs dans le Coran constitue un sujet brûlant aujourd’hui. Pourquoi ?

Tout d’abord, parce que ce sujet traite de deux religions, chacune portée par un peuple. Ces deux peuples que sont les Arabes et les Juifs se sont combattus à divers niveaux, non seulement au siècle dernier, mais dans plusieurs moments de leurs histoires respectives. Les problématiques évoquées dans l’ouvrage sont, pour certaines, cristallisées par le conflit israélo-palestinien, bien que ce conflit ne soit pas nécessairement d’ordre religieux. Pourtant, à plusieurs reprises, des penseurs des deux côtés ont tenté de donner une facette essentiellement religieuse à ce conflit. Ces penseurs ont dépeint cette situation d’opposition entre Juifs et Arabes par une terminologie et une conceptualisation religieuse. C’est de cela dont on hérite aujourd’hui, et qui rend la question si complexe et prenante.

Comment sont nommés les Juifs dans le Coran ?

Chacune des dénominations des Juifs dans le Coran implique une conception particulière de ce groupe. L’un des termes qui est abondamment utilisé est le terme Banû Israʼîl, que l’on peut traduire par « fils d’Israël » ; ce terme désigne les anciens israélites cités dans la Bible. Lorsque le Coran raconte des événements se rapportant à cette période, c’est presque toujours ce terme qui est utilisé pour désigner les ancêtres des juifs. C’est lui que l’on retrouve dans ce verset : « Ô Fils d’Israël, n’oubliez pas la grâce dont je vous ai comblé en vous choisissant parmi toutes les nations » (s. 2, v. 122). Un autre terme, yahud, désigne les juifs dans un sens plutôt péjoratif. Ce terme est très répandu dans les sourates médinoises, donc ultérieures, les plus hostiles aux juifs et aux chrétiens. Un troisième terme présent à plusieurs reprises est celui d’ ahl al-kitâb, « peuple du Livre », qui désigne par moments juifs et chrétiens. Ce terme est tantôt positif, tantôt négatif : il évoque parfois le don de la Torah aux juifs, mais rappelle aussi « l’âne chargé de livres » qu’est le peuple juif ayant reçu le don de la révélation, tout en étant incapable de le porter proprement. On voit donc que chacune de ces trois dénominations implique une conception de ce qu’est le judaïsme par rapport à l’islam.

Quelles étaient les relations entre Juifs et Arabes dans l’Arabie préislamique ?

Avant Mahomet, les Juifs étaient établis dans la péninsule arabique, principalement au sud, dont les Juifs yéménites seraient les descendants, et dans le Hedjaz, c’est-à-dire au nord-ouest de la péninsule où l’islam est né. On peut estimer que les Juifs dominaient une grande partie de l’Arabie ; ils s’appuyaient sur le royaume juif d’Himyar, établi dans l’actuel Yémen. Les rapports culturels et commerciaux entre Juifs et Arabes étaient intenses jusqu’à l’Hégire (l’exil). Ces éléments sont importants car ils constituent l’arrière-plan culturel auquel Mahomet est confronté en Arabie. Quelques chercheurs diraient même la chose suivante : le Prophète a choisi d’émigrer en 622 à Médine, une région fortement peuplée de Juifs, car il comptait sur ces derniers pour le rejoindre autour d’une conception nouvelle du monothéisme. Mahomet a sans doute estimé qu’il serait accepté par les Juifs du Hedjaz. On constate également la pensée politique fine de Mahomet lorsqu’il envoie vers 616 un groupe de ses adeptes à destination du royaume chrétien d’Éthiopie, pour les mêmes raisons. La forte présence de juifs et de chrétiens en Arabie à l’époque du Prophète explique l’omniprésence d’éléments bibliques, juifs ou chrétiens, dans chaque sourate du Coran.

L’islam a-t-il hérité de pratiques issues du judaïsme ?

Du point de vue philologique et historique, c’est certain. Au-delà des éléments bibliques, on peut déjà dire que l’islam, au même titre que le judaïsme, est une religion « légale », centrée sur la loi et les commandements, à l’inverse du christianisme. La jurisprudence, le rôle de la halakha ou de la sharia est fondamentale dans ces deux religions, et des ressemblances s’ensuivent, mais elles s’arrêtent à un certain point. Au début de la prédication de Mahomet, on voit un désir de se rapprocher des pratiques juives. Une fois passé le moment où la majorité des juifs refuse de le suivre, s’exprime un désir d’émancipation de l’islam par rapport au judaïsme et au christianisme. Cela est naturel : toute religion doit finir par affirmer son indépendance vis-à-vis des traditions passées dont elle hérite. Pour donner un exemple : au départ, la direction de la prière pour les musulmans est Jérusalem ; une fois consommé le divorce entre les juifs et les premiers musulmans, La Mecque devient la nouvelle direction pour la prière. On voit clairement ici les deux étapes : ressemblance, puis différenciation.

Le Coran est-il « antisémite » ?

Il est faux et anachronique de considérer le Coran ainsi, et certains le font dans un but de propagande contre l’islam. Tout d’abord, le terme « antisémitisme » fait référence à un phénomène ultérieur, tandis que l’antijudaïsme a lui été présent bien plus tôt. J’aurais dit, à la limite, qu’il y a dans le Coran des versets qui peuvent servir à nourrir une pensée antisémite. Mais dire explicitement que le Coran est un texte antisémite, c’est totalement faux. Je vis mal cette conception en tant que juif : je lis le Coran depuis mon adolescence avec beaucoup d’intérêt. Je l’ai appris avec des Arabes, je l’enseigne à l’université hébraïque de Jérusalem et en d’autres endroits du monde depuis plus que trente ans… J’ai beaucoup de respect pour ce texte qui m’a énormément appris. Il y a des passages extraordinaires dans le Coran : par exemple « le verset de la piété » (s. 2, v. 176) ou « le verset du Trône » (s. 2, v. 255). D’autres me gênent en tant que juif, comme ils gêneraient un chrétien, ou tout simplement un être humain ! On peut dire exactement la même chose de versets bibliques qui sont violents, inacceptables, sans remettre en cause l’intérêt de ces Écritures.

Le Coran semble donner une image paradoxale des juifs. Comment dépasser ce paradoxe ?

Lors d’un séminaire sur ce thème, un étudiant musulman chiite m’a dit la chose suivante : « Je pense que cela vaut la peine que les sages musulmans adaptent ou suppriment la sourate 9 du Coran (la plus tardive, et donc la plus polémique vis-à-vis des juifs et des chrétiens) , pour aider à construire une autre image du judaïsme et faciliter la rencontre. Qu’en pensez-vous ? » Je lui ai répondu que je suis contre toute altération d’un texte canonisé. Il y a des millions de personnes qui croient en la sainteté du Coran, on ne peut donc rien y changer. Ce qu’on peut changer en revanche, c’est notre attitude face au texte. Le fait qu’il y ait un paradoxe est, d’après-moi, une clé vers la solution. Le Coran s’exprime de diverses manières sur les juifs, les chrétiens, sur bien d’autres sujets aussi. Pour comprendre ces apparentes contradictions, il faut les ramener à leur contexte initial : les polémiques contre les juifs sont à replacer dans le contexte de la prédication de Mahomet dans une région donnée, durant une époque donnée, et ne doivent pas être considérées comme une généralisation sur qui sont les juifs. Le fait que le Coran semble paradoxal et contradictoire constitue en vérité un remède au littéralisme.

(*) Les Juifs dans le Coran, Meir Michael Bar-Asher (Albin Michel, 2019)

Meir Michael Bar-Asher a été jusqu’à récemment le directeur du département de Langues et littératures arabes à l’université hébraïque de Jérusalem. Il a dirigé l’Institut d’études asiatiques et africaines de cette même université ainsi que l’Institut Ben-Zvi pour l’étude des communautés juives en Orient. Il a également présidé le Comité professionnel pour l’enseignement de l’arabe du ministère israélien de l’Éducation.



La source directe

Sur la robotique, l’Église invite à faire preuve d’éthique

Les robots doivent servir et non asservir. Telle est la position de l’Église face à la place grandissante des machines, position qu’elle développe ces jours-ci à travers deux événements.

Direction la Belgique, d’abord, où, le 4 février, les évêques de la Commission des épiscopats de l’Union Européenne (Comece), ont publié un texte, sur la « robotisation de la vie » et ses défis. Élaboré grâce à un groupe de travail pluridisciplinaire (religieux, philosophes, ingénieurs, juristes), le document se présente comme un appel à la réflexion et à la vigilance.

Les robots, une mutation de notre vision de l’humain

La Comece, outil de liaison entre l’Église et les institutions européennes, le reconnaît d’emblée : pas question de « diaboliser » le progrès. La robotisation apporte une aide « significative » dans le domaine des communications, des transports, de la médecine, du travail.

Pour autant, elle doit être regardée avec prudence. « La robotisation ne constitue pas une simple avancée technologique », constate en effet Frère Olivier Poquillon, dominicain et secrétaire général de la Comece. Ce phénomène est surtout une « révolution anthropologique », une « mutation » qui « bouscule notre vision de l’humain et a des retombées politiques, démocratiques, sociologiques ».

Robots et émotions, quand les machines seront mélancoliques

Au Vatican, les mêmes préoccupations traversent l’Académie pontificale pour la vie (APV). Les 25 et 26 février, l’institution scientifique organise, dans le cadre de son Assemblée générale annuelle, un colloque baptisé « Roboéthique : humains, machines et santé ».

Membre du Comité scientifique de l’APV, le père Carlo Casalone le constate lui aussi : « La robotique va avoir un impact très profond sur notre vie personnelle, mais aussi nos pratiques sociales. Les machines ne sont désormais pas seulement des outils, elles affectent notre façon globale d’habiter le monde et de vivre notre corps. »

L’homme reste supérieur au robot

La robotisation se développe au sein d’une culture, d’une société « tolérant de moins en moins les limites biologiques, physiques ou cognitives de la personne humaine », décryptent, depuis Bruxelles, les évêques de la Comece. Surgissent par conséquent des interrogations éthiques essentielles pour l’Église : comment protéger les plus vulnérables ? Comment, dans un monde du travail fortement automatisé, préserver l’emploi et la dignité qu’il confère ?

Plus largement, comment, face à une machine ultra-performante « garder le contrôle et conserver notre liberté », deux fondements de la condition humaine qui font « la supériorité de l’homme sur le robot », s’interroge frère Olivier Poquillon.

Le pape étend le combat pro-vie aux nouvelles technologies

Car si une machine peut, certes, devenir autonome, elle n’en est pas pour autant libre, signalent dans leur texte les évêques de la Comece, réitérant par ailleurs leur opposition à voir accorder aux robots le statut de « personnes légales ».

Réclamé par certains acteurs du monde industriel, ce statut juridique rendrait les machines responsables de leurs actes, et non plus leurs créateurs. Exonérer ainsi l’homme de ses erreurs serait « effacer les frontières entre l’humain et le robot », déplore Olivier Poquillon, rappelant qu’une machine « ne sait pas discerner et ne remettra jamais en cause les principes qui ont fondé sa décision ».

Contrôle et transparence, des critères de discernement

Face à ces risques, l’Église se « doit de participer au débat public » estime le père Casalone, à Rome. Olivier Poquillon le rejoint : « Dans une époque qui prône l’immédiateté, l’Église s’inscrit dans le temps long. La perspective chrétienne, c’est 2 000 ans de dialogue entre foi et raison. L’Église parce qu’elle met toujours la personne au centre, peut, par sa réflexion, contribuer à garder l’homme à sa place de sujet, sans qu’il devienne objet. »

La Comece suggère ainsi plusieurs critères de discernement, pour une robotique éthique : la garantie d’un contrôle humain ultime sur toute décision prise par une intelligence artificielle  ; la transparence concernant le processus informatique ayant permis aux machines d’exécuter leur tâche ; la protection du droit des travailleurs et des plus fragiles, pour ne pas creuser les injustices.

« La robotique sera l’un des enjeux majeurs du prochain quinquennat européen, estime Olivier Poquillon. Il faut maintenir le dialogue et l’interdisciplinarité sur ces sujets. » Son colloque achevé, l’Académie pontificale pour la vie publiera elle aussi une liste de recommandations. Au nom du bien commun. « La véritable mesure du progrès, c’est celui qui vise au bien de chaque homme et de tout l’homme », disait Paul VI.

––––––-

« Les évêques ne sont pas réfractaires au progrès »

David Doat, titulaire de la chaire Éthique et transhumanisme de l’Université catholique de Lille

« Le texte de la Comece est une heureuse initiative. Les évêques ne sont pas réfractaires au progrès, au contraire, et s’ils prônent une alliance entre l’homme et la machine, c’est en resituant toujours celle-ci dans sa position de subordonnée. Par son espérance, son appel à la vigilance, son insistance à rappeler la primauté de l’humain, son attention aux faibles, le texte s’inscrit dans la continuité de l’éthique de la fraternité chère au pape François. »



La source directe

Le pape François à Naples le 21 juin pour parler du dialogue interreligieux

Le pape François se rendra, vendredi 21 juin, à Naples où il participera à une rencontre organisée par la Faculté pontificale de théologie d’Italie méridionale sur le thème « La théologie après Veritatis gaudium dans le contexte méditerranéen », a annoncé lundi 11 février la Salle de presse du Saint-Siège.

À cette occasion, le pape devrait présenter le texte sur la fraternité humaine signé le 4 février à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) avec l’imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayyeb.

Dans Veritatis gaudium, publié fin janvier 2018, le pape François mettait en avant la nécessité de réaffirmer la dimension « dialogale » des études ecclésiastiques, notamment en théologie.

Veritatis gaudium, pour une théologie en dialogue avec les sciences humaines et la philosophie

Il s’agit notamment, expliquait François, de favoriser le dialogue « avec ceux qui adhèrent à d’autres convictions religieuses ou humanistes », et à favoriser « les échanges avec les hommes, croyants ou non croyants, versés dans les autres sciences », cherchant « à bien voir la valeur et le sens de leurs affirmations et à en juger à la lumière de la vérité révélée ».

Un sujet sur lequel travaille particulièrement la section napolitaine de la Faculté pontificale de théologie d’Italie méridionale, s’attachant, dans le contexte méditerranéen, à « neutraliser les frontières » et « abattre les murs invisibles de l’indifférence et des nouveaux racismes ».

À Abou Dhabi, le pape promeut le dialogue contre la guerre

Dans le cadre du document d’Abu Dhabi, qui souligne que « le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains », il devrait s’agir pour le pape François d’inciter les théologiens à davantage travailler le dialogue interreligieux sans plus craindre, comme cela a pu être le cas ces dernières années, d’être accusés de remettre en cause l’unicité du message salvifique de l’Église.

Théologie chrétienne des religions et pluralisme religieux

Selon le Vatican, le pape devrait arriver à Naples vers 9 heures, accueilli par le cardinal Crescenzio Sepe, archevêque de Naples et grand chancelier de la faculté, et prononcera son discours sur la place située devant la faculté. Il rentrera à Rome après le déjeuner.



La source directe

Le groupe Etat islamique a perdu plus de 99 % de son « califat »

vidéo Une alliance arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes, a lancé sa « bataille finale » contre le groupe Etat islamique dans l’est de la Syrie. Les djihadistes ne contrôlent plus qu’un minuscule territoire.

Publié le 11 février 2019 à 19h38 – Mis à jour le 11 février 2019 à 19h38

Dans la région de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie, le groupe Etat islamique (EI) est en déroute, le 11 février. Ils sont acculés par une force arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis : les Forces démocratiques syriennes (FDS). Entre la ville de Baghouz et la frontière irakienne, ils tentent de défendre ce qu’il reste du « califat » autoproclamé de l’organisation EI.

Après une conquête fulgurante en 2014, les djihadistes avaient étendu leur influence sur de vastes régions en Syrie et en Irak, sur une superficie équivalente à celle de la Grande-Bretagne. La zone qu’ils défendent aujourd’hui face aux assauts des Forces démocratiques syriennes a une superficie de moins de 5 kilomètres carrés.

Mais cela signifie-t-il la disparition de cette organisation, responsable de multiples exactions et accusée de crimes contre l’humanité ? Pour l’instant, selon des experts de l’ONU, il reste encore au moins 14 000 militants du groupe EI en Syrie, dont au moins 3 000 combattants. Explications.

Réagissez ou consultez l’ensemble des commentaires



La source directe

BLOGUE Le Canada a aboli l'interdit de blasphème

Sur le front de la laïcité, on palabre beaucoup, mais les bonnes nouvelles se font plutôt rares. En voici une qui est passée sous silence dans les médias, mais qui mérite d’être soulignée: le 13 décembre dernier, le Canada a officiellement abrogé sa «loi anti-blasphème».

L’article 296 du Code criminel, faisant du blasphème un «acte criminel passible d’un emprisonnement maximal de deux ans», a en effet été abrogé par la loi C51 qui visait à moderniser le Code criminel canadien. La loi ne définissait pas ce qu’est un blasphème, mais toute parole ou tout acte injurieux ou satirique envers une religion, ou tout simplement jugé comme tel par des adeptes d’une religion, peut être qualifié de blasphématoire. Interdire l’injure envers les religions, c’est en fait interdire la critique des religions.

Comme tout autre citoyen, les représentants religieux et leurs fidèles demeurent néanmoins protégés contre le libelle diffamatoire par l’article 298.

C’est grâce à l’action concertée d’associations humanistes, laïques et athées que le retrait de cet article anachronique a été obtenu.

En juin 2016, le président de la Canadian Secular Alliance, Greg Oliver, lançait une pétition sur le site du parlement canadien pour réclamer l’abrogation de l’article 296. De nombreuses associations se sont jointes à cette action, dont la British Columbia Humanist Association, Humanist Canada, Center for Inquiry et, au Québec, l’Association humaniste du Québec et les Libres penseurs athées.

Dans sa réponse lors du dépôt de cette pétition à la Chambre des communes par le député libéral ontarien Ali Ehsassi en décembre de la même année, la ministre de la Justice d’alors, Jody Wilson-Raybould, a déclaré que l’abrogation de la loi sur le blasphème allait faire partie du projet de C51. Dans les débats qui ont suivi en commission parlementaire et au Sénat, aucune association ni de groupe religieux ne s’est opposé à ce retrait.

Article désuet, mais potentiellement dangereux

L’introduction du délit de blasphème dans les lois canadiennes date de 1892. La dernière condamnation fondée sur l’article 296 eut lieu au Québec en 1935, alors qu’un pasteur anglican, Victor Rahard, a été trouvé coupable de blasphème pour avoir dénoncé les «scandales, violations de la jeunesse, crimes et orgies des religieux éducateurs [catholiques] romains, assassins des pauvres». Il fut condamné à 100$ d’amende ou à faire un mois de prison. Les orangistes ayant payé son amende, il n’eut pas à faire de prison.

L’article 296 a toutefois été invoqué au moins à deux reprises par la suite. En 1978, des associations de droite catholique, dont les Jeunes Canadiens pour une civilisation chrétienne, les Chevaliers de Colomb et l’Association des parents catholiques, obtiennent une injonction contre la pièce de théâtre féministe Les fées ont soif qui ridiculise l’Image de la «Vierge Marie» comme modèle de féminité. L’injonction est levée par la Cour supérieure, non pas sur le fond, mais pour vice de procédure.

En 1979, en Ontario, un pasteur anglican porte plainte contre la projection du film des Monty Python La vie de Brian (Monty Python’s Life of Brian), une parodie burlesque de la vie de Jésus. Mais le procureur général de l’Ontario, de qui aurait dû relever l’accusation, a jugé bon de suspendre les procédures. C’est d’ailleurs par la projection de ce film résolument «blasphématoire» que l’Association humaniste du Québec (AHQ) a souligné, en décembre dernier, la victoire contre la clause anti-blasphématoire.

Même si l’article 296 était tombé en désuétude, il faut se réjouir de son abrogation.

On ne peut en effet demeurer sous la décision de juges, dont les opinions changent au fil des décennies, pour assurer le droit de critiquer les religions en maintenant de tels articles comme des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. D’autant plus qu’un intégrisme religieux et fanatique qui crie au blasphème à la moindre critique a le vent dans les voiles, tant au Canada qu’à travers le monde.

Il en allait également de la crédibilité du Canada; il aurait été pour le moins cynique que le Canada, qui veut accueillir les Raif Badawi et Asia Bibi accusés de blasphème en Arabie saoudite et au Pakistan, ait lui-même une disposition anti-blasphème dans ses lois.

D’autres dispositions quasi concordataires

D’autres dispositions protégeant indûment le domaine religieux contre la critique demeurent en vigueur dans le Code criminel canadien. En vertu de l’article 176, gêner par la menace un officiant religieux dans la célébration d’un office est passible de deux ans d’emprisonnement. Les menaces et la violence étant traitées à plusieurs autres endroits dans le Code criminel, pourquoi alors une protection particulière et spécifique pour les religions ou pour cette catégorie particulière de citoyens que sont les célébrants de culte?

Le projet de loi C51 prévoyait l’abrogation de cet article, mais les pressions des lobbys religieux en commission parlementaire, notamment du Conseil canadien des Églises, de l’Alliance évangélique du Canada et du B’nai Brith Canada, ont fait que l’article a été maintenu.

Il reste également un autre article archaïque qu’il conviendrait d’éliminer. Au chapitre de l’incitation à la haine, le paragraphe 3-b de l’article 319 exclut des propos haineux toute «opinion fondée sur un texte religieux auquel croit [celui qui exprime cette opinion]».

Or, comme l’expose une pétition lancée en octobre 2017 par David Rand des Libres penseurs athées, les textes des principales religions comportent tous «des propos qui dénigrent et prônent la haine contre les incroyants, les femmes, les homosexuels ou certains groupes ethniques ou raciaux, des propos qui parfois appellent à la violence, voire à la violence mortelle. Les religions constituent donc une importante cause de propagande haineuse contre plusieurs groupes».

Le paragraphe en question protège de telles diffamations et donne donc aux croyants le «droit de haïr avec Dieu de leur côté», déclare pour sa part le président de l’AHQ, Michel Virard.

Cette pétition a été déposée au parlement canadien par le député libéral Marwan Tabbara, mais n’a pas reçu l’aval de la ministre de la Justice. Au Québec, la pétition reçut presque autant de signatures que celle contre le blasphème, mais n’a malheureusement pas été suffisamment relayée dans le reste du Canada. Il faudra donc y revenir.

À LIRE AUSSI:

» Quand ta job ressemble à ça…
» Les gilets jaunes et l’homme oublié
» Troubles alimentaires: un suicide à long terme

La section des blogues propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.



La source directe

Inauguration "prochaine" de la Grande mosquée d'Alger

Le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Aïssa, a affirmé, mardi à Alger, que les travaux de réalisation de la Grande mosquée d’Alger seront “bientôt” finalisés, en prévision de son inauguration.

Intervenant au forum du quotidien Echaab, M. Aïssa a indiqué que les travaux de réalisation de la Grande mosquée touchaient à leur fin et que l’édifice religieux serait “bientôt” inauguré, soulignant que la date de son inauguration “sera fixée par le président de la République”.

M. Aïssa a tenu à préciser que l’Imam de la mosquée sera “algérien”, ajoutant que des imams issus de différentes régions du pays se succèderont à sa tribune.

Un Conseil interministériel est prévu, en février, pour définir l’instance multisectorielle qui prendra en charge la gestion des structures culturelles et religieuses annexées à la mosquée, a-t-il poursuivi.

La Grande mosquée d’Alger compte, en sus de la salle de prière, un institut supérieur de formation, une maison du Coran, un centre culturel, une bibliothèque, un minaret, un musée et deux centres de recherche.

D’autre part, M. Aïssa a affirmé que les commissions en charge des préoccupations soulevées par la Coordination nationale des imams “sont à pied d’œuvre pour prendre en charge les revendications des Imams”.

“Tous les efforts sont consentis pour lever les obstacles qui empêchent les imams d’accomplir pleinement leur rôle”, a-t-il assuré.



La source directe

Fabien Truong : « L’islamisation, ça ne veut rien dire »

Le JSD : Quel est votre ressenti sur cette enquête menée par 5 apprentis journalistes du CFJ sous la direction des journalistes d’investigation, Gérard Davet et Fabrice Lhomme ?

Fabien Truong : La manière dont est aujourd’hui posé le débat est dérangeante. Cette enquête collecte et collectionne une succession d’observations de manière assez impressionniste. « L’islamisation », qu’est-ce que c’est ? Cela ne veut rien dire, et cette notion dans l’ouvrage n’est pas définie. En plus, il y a l’idée sous-jacente que « l’islamisation » augmenterait. Mais pour l’affirmer, il faudrait faire une étude historique et comparative et nous dire comment c’était « avant » par rapport à maintenant… Et de quel « avant » parle-t-on ? C’est sûr qu’avant la colonisation et les vagues d’immigrations qui ont suivi, la population musulmane en France était bien moins importante qu’aujourd’hui. Mais est-ce que c’est bien cela, cette visibilité accrue de l ’islam dans certains quartiers, « l’islamisation » ?

Quand on fait une enquête, il faut préciser de quoi on parle, définir un objet. L’ouvrage ne dit pas grand-chose du phénomène qu’il est censé étudier, c’est-à-dire : la nature de la présence de l’Islam dans les quartiers et la façon dont elle orienterait le quotidien des habitants. Que cette religion soit plus importante en Seine-Saint-Denis que dans le 15ème arrondissement, ce n’est pas un scoop. C’est même logique, voire mécanique. On sait que sont concentrées dans les quartiers populaires où il y avant tout de la ségrégation sociale et urbaine, des populations immigrées qui sont arrivées à partir des années 1950, 1960, d’anciennes colonies, de pays qui sont en grande partie de confession musulmane. Donc oui, il y a un tableau avec une présence plus visible de l’Islam dans les quartiers populaires. Mais si c’est cela qui dérange, pourquoi ça dérange, qu’est-ce qui dérange et qui ça dérange ? L’ouvrage n’a pas l’intention de mettre ces problèmes, très réels et très concrets, en perspective. 
 

Politisation de l’Islam
 

Le JSD : Dans la préface, les journalistes définissent le terme « islamisation ». Ils utilisent celle du dictionnaire Larousse : « c’est l’« action d’islamiser », c’est-à-dire de « convertir à l’islam », et/ou d’« appliquer la loi islamique dans divers secteurs de la vie publique et sociale ».

Fabien Truong : Mais là encore, que veut dire islamiser, que veut dire convertir ? Il s’agit là de la question du prosélytisme, voire de l’intolérance religieuse – deux problèmes qui ne se recoupent d’ailleurs pas entièrement. C’est un vrai sujet – et il faut s’en inquiéter – car il existe bien du prosélytisme religieux en banlieue, dans les quartiers mais comme il existe aussi du prosélytisme religieux dans d’autres lieux. Quand vous mélangez la question de la viande halal, la pratique du ramadan, les misogynie, la question de comment on s’habille, de l’éducation théologique, de l’idéologie islamiste, de quoi on parle ? Je dirais que le sujet de Inch’Allah, c’est plutôt, les signes ostensibles d’une appartenance religieuse qui tend à déborder dans l’espace public, donc la question de la politisation de l’islam et non de « l’islamisation ».

Et là, il y a, à mon sens, deux questions différentes à poser : a) pourquoi la religiosité, notamment chez les jeunes, s’affichent plus dans l’espace public que pour les générations précédentes pour qui cela renvoyait plus au domaine du privé ? b) est-ce qu’il se développe en parallèle un système de valeurs portée par cette religion qui enferment les individus dans une contre-société hostiles aux valeurs de liberté, égalité et fraternité ? Donc il y a la publicisation de la religiosité d’un côté et la tentation d’un contre-modèle politique de l’autre : deux choses différentes. Mais dans ce livre, ce ne sont pas les situations ni les vies vécues qui intéressent mais de collecter des données illustratives. Il aurait été possible de faire un livre totalement inverse, du type bisounours, si la commande avait été de célébrer le « vivre ensemble » et de collectionner des situations montrant que tout va bien en banlieue et que des gens venant d’horizon différents et devant affronter tout un tas de problèmes matériels sont solidaires (et que la religion peut aussi être une ressource pour ce faire !). C’est aussi une certaine forme de réalité et on pourrait aller ne chercher que des témoignages qui vont dans ce sens. Il y en a plein, et si on les cherche on va aussi les trouver.


« Ce livre nous dit peu sur les banlieues » 
 

Le JSD : Dans Inch’Allah, aucun historien ou sociologue n’est interrogé concernant ce « phénomène d’islamisation » dans le 93. Sur le site Arrêts sur image, un des journalistes d’investigation explique d’ailleurs, que les chercheurs se font « des nœuds au cerveau ». Qu’en pensez-vous ? 

Fabien Truong : Je pense que tout cela traduit un peu le mépris d’une partie de la profession journalistique pour les sciences sociales. Et pourtant, le journalisme d’investigation et la sociologie sont des métiers qui sont très proches. Il y a toute une histoire commune, aux États-Unis notamment. Tout se passe comme si les sociologues étaient des naïfs, des idéologues qui disent que dans les banlieues, il n’y a pas de problèmes. Comme si expliquer, c’était toujours excuser. Dans mon dernier livre {ndlr : Loyautés radicales – L’Islam et les mauvais garçons de la nation}, le lecteur a le nez dans les thématiques de la violence, de la délinquance masculine, des violences que les jeunes de quartiers se font subir les uns les autres, ce dont on parle peu. J’aborde aussi la question de l’attrait pour le fondamentalisme et de ce que j’appelle l’imaginaire politique flottant de Daech, mais aussi comment des chemins de rédemption quand on est longtemps plongés dans la délinquance sont rendus possibles aussi à travers l’entrée la religion, un phénomène récurrent. Si on prenait la peine de lire ce livre, on verrait qu’il est tout sauf angélique. Ca n’est pas se faire des noeuds dans la tête que d’apporter de la nuance et de contextualiser des données. Mais si on suit cette équipe, « un fait », c’est une parole ou une observation collectée sans contexte.
 

Le JSD : Le projet d’enquête est dirigé par deux journalistes d’investigation mais ce sont des apprentis journalistes qui sont allés sur le terrain. En tant que sociologue, quel est votre sentiment sur cette méthode ?

Fabien Truong : Cette forme de sous-traitance correspond aussi à des pratiques qui existent parfois dans le monde universitaire et que j’estime problématiques. Lorsqu’on travaille de cette manière, cela signifie très souvent qu’on a déjà une thèse qu’on veut simplement illustrer. Des personnes reconnues envoient de jeunes entrants faire le « sale boulot » à leur place, faire des entretiens, rencontrer des gens et puis derrière on récolte seulement ce qui illustre une thèse. Par ailleurs, ce projet est aussi présenté comme une leçon d’enquête et de journalisme avec un côté très ambivalent. De grands reporters font la leçon à leurs propres étudiants. Ces étudiants sont qualifiés à la fois d’apprentis, qui ne connaissent pas bien leur métier et qui vont apprendre sur le tas (ils ne sont pas payés, n’apparaissent pas sur la couverture).

En même temps, les journalistes qui les dirigent disent que ces jeunes apportent des « faits », donc que ce sont des professionnels. Ils jouent en permanence sur l’ambiguïté. Le geste d’aller sur le terrain, dans ce livre, c’est d’envoyer des jeunes gens pendant quelques après-midis poser des questions avec, en tête, l’idée qu’on travaille sur « l’islamisation ». D’ailleurs, on constate qu’un certain nombre de personnes interrogées dans le livre rapportent aujourd’hui à quel point leurs paroles ont été sorties de leur contexte. Enquêter, c’est au contraire un chemin où les questions se transforment au fur et à mesure que l’on apprend aussi à se défaire des premières intentions. De ce point de vue, c’est très beau d’être un apprenti ! Il suffit de lire par exemple Voyage de classe du sociologue Nicolas Jounin, où des étudiants de Paris 8 apprennent à enquêter dans des quartiers bourgeois pour s’en convaincre. 


« Pour la presse, la banlieue, c’est le monde des autres »
 

LE JSD : Vous avez été professeur dans plusieurs établissements de la Seine-Saint-Denis, dont le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis. Ce genre d’enquête peut-il selon vous, encore plus mettre à mal l’image des banlieues populaires ?

Fabien Truong : Ce livre nous dit peu sur les banlieues et beaucoup du champ de production d’un certain discours journalistique. En ce moment, il y a une petite succession de livres qui viennent d’être publiés sur les quartiers populaires, faits par des journalistes insistant sur le fait qu’ils sont de grands reporters. Une partie de la presse semble avoir tellement accepté que la banlieue c’était le monde des autres que pour faire un travail de fond, le gage c’est d’envoyer des gens qui ont été dans des conflits lointains, qui sont experts de terrains dangereux alors que ces journalistes parisiens ne font juste que traverser le périphérique. Et il y a cette idée que c’est le même type de journalisme. On va dans des univers inconnus, à priori hostiles et le job c’est d’aller à la pêche aux informations cachées. Ce que je comprends tout à fait quand on est dans une situation de guerre, dans un pays étranger. Je pense vraiment que ce livre nous dit beaucoup plus de l’état de la presse face à ces questions de banlieue. Et parce qu’au fond, la question-réponse de « Inch’Allah », c’est : “Est-ce que ce sont des zones en sécession ou pas ?” Et est-ce que l’islam est le nom de cette sécession ? Cette question est-elle pour autant ce qui guide l’expérience ordinaire des individus ?

LE JSD : Pour en revenir à l’Islam, vous admettez qu’il y a un problème avec cette religion dans les quartiers. C’est un sujet sur lequel vous vous êtes penchés dans votre dernier livre Loyautés radicales, lorsque vous parlez de jeunes qui se convertissent à cette religion.

Fabien Truong : Pour le rapport à l’Islam, j’ai travaillé dans ce livre sur des trajectoires longues de garçons. Il y a effectivement une publicisation et une politisation de l’islam, notamment chez les jeunes qui ont un passé délinquant très important, car c’est une façon pour eux de se transformer, d’avoir une image positive de soi-même, d’en finir avec une certaine forme d’individualisme, de retrouver une forme de collectif imaginé et de retourner le stigmate quand ce qu’on véhicule avant toute chose, c’est la haine de soi. Au début, la religion est investie de ce point de vue-là, et de manière excessive, mais la norme, c’est quand même de mettre progressivement « de l’eau dans son vin ».

Cependant je le répète, parler « d’islamisation », ça ne veut rien dire, à part faire des amalgames. Encore une fois, je ne suis pas dans l’angélisme. Il y a de vrais sujets problématiques : je ne les « admets » pas, je les constate. Mais je vais prendre un exemple, celui des personnes qui réclament des carrés musulmans dans les cimetières. Qu’est-ce que ça raconte ?  Si on s’inscrit dans la démarche du livre de Davet et Lhomme, c’est assez simple : des gens voudraient avoir des carrés musulmans et se mobilisent sur cette question, cela veut dire que l’islam gagne du terrain jusque dans les cimetières et qu’il y a « islamisation » ! On pourrait pourtant dire l’inverse en posant le sujet en terme « d’intégration ».
Pour toute une génération, il y avait le mythe du retour au pays, les gens avaient émigré, ils pensaient que ce serait temporaire, qu’ils allaient retourner mourir dans le pays où ils étaient nés. Et là, vous avez des gens qui demandent à mourir en France avec des coutumes funéraires qui appartiennent à leur histoire. Mais est-ce que ce n’est pas le signe d’intégration le plus profond à la nation française, de vouloir mourir sur le sol national. Avoir acté “on va mourir ici”, c’est aussi avoir acté que la France, c’est son pays. On peut complètement retourner l’argument ! Qu’est-ce que ces gens disent vraiment quand ils demandent un carré musulman ? Dans une démarche impressionniste, ceci serait utilisé comme un argument à charge, un « fait qui ne fait pas de nœud au cerveau ». Simple, basique.

Propos recueillis par Yslande Bossé



La source directe

Abus sexuels, des catholiques allemands demandent des « réformes courageuses »

« Bon voyage à Rome et meilleures salutations au pape François ». Dans une « lettre ouverte » adressée au cardinal Marx à la veille du sommet organisé par le Vatican sur les abus sexuels, neuf théologiens et responsables catholiques appellent à une réforme profonde des institutions ecclésiales.

Dans ce texte publié le 3 février dans le supplément dominical du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), ils demandent à l’archevêque de Munich, et président de la conférence épiscopale allemande, de « bien vouloir parler à Rome du résultat le plus important de l’étude » sur les abus sexuels menée par un consortium de chercheurs des universités de Mannheim, Heidelberg et Giessen : « Les abus dans notre Église ont aussi des raisons systémiques ».

Tentation du cléricalisme

« La tentation du cléricalisme suit le clergé comme une ombre. La perspective du pouvoir dans une société masculine attire des hommes appartenant à des groupes à risque. Et les tabous sexuels bloquent le processus de clarification et de purification nécessaire », dénoncent les signataires. Parmi eux figurent plusieurs prêtres – le père Johannes zu Eltz, curé de paroisse et responsable de la Caritas dans le diocèse de Francfort, deux jésuites, les PP. Klaus Mertes et Ansgar Wucherpfennig –, et des laïcs comme la vice-présidente du Comité central des catholiques allemands Claudia Lücking-Michel, la directrice de Caritas à Francfort, la députée verte Bettina Jarasch, le philosophe Jörg Splett et son épouse.

« Les évêques allemands ont bien progressé depuis 2010 en matière de prévention et de sanction des abus », reconnaissent les signataires. « Ils ont exprimé leurs préoccupations et présenté leurs excuses » en septembre 2018 après la publication de de l’étude menée par des universitaires. « Mais ils savent aussi que les mots seuls n’aideront plus. L’impression que tout risque de rester pareil à la fin a cimenté la méfiance vis-à-vis de l’Église officielle chez nombre de nos contemporains ».

Abus sexuels, l’Église allemande veut poursuivre son travail de vérité

Pire, et toujours selon eux, la méfiance ne s’arrête plus aux « portes de l’église ». « Les catholiques actifs en Allemagne dans leur grande majorité n’adhèrent plus à l’organisation pré-moderne de l’Église. Et chaque année, des dizaines de milliers de personnes se déchargent de leur fardeau et s’en vont », écrivent-ils. Ils se réfèrent aux nombreuses « sorties d’Église » enregistrées depuis plusieurs années par les diocèses venant de fidèles qui ne souhaitent plus être inscrits dans leurs fichiers ni payer l’impôt ecclésiastique.

Réformes courageuses

« Ayez confiance en la foi de vos fidèles et rendez à l’Église la crédibilité et l’espace sans lesquelles l’Évangile ne peut pas respirer ! », lancent-ils en appelant à des « réformes courageuses » : « partage du pouvoir », ordination des femmes, célibat optionnel pour les prêtres diocésains, nouvelle morale sexuelle « y compris une évaluation raisonnable et équitable de l’homosexualité ».

« Si vous prenez la tête d’un mouvement de réforme, nous serons résolument derrière vous », écrivent-ils dans ce texte qui s’adresse également à l’ensemble de la conférence épiscopale.

Depuis, les premiers signataires ont été rejoints par d’autres, comme l’ancien président du Bundestag, Wolfgang Thierse (SPD). Dans l’hebdomadaire Die Zeit il a appelé jeudi 7 février l’Église à « montrer l’exemple » sur la manière de tirer les « conséquences » de tels crimes.

« Si une construction craque, vous ne pourrez pas sauver la maison en réparant la façade : vous devrez renouveler les fondations », a ajouté la ministre de la culture, Monika Grütters (CDU). Pour elle, la présence de femmes à des postes à responsabilité dans l’Église « ne stabiliserait pas seulement la vie de la communauté », mais aurait évité aussi « de nombreux abus ».

Pour des propos tenus dans la presse sur l’homosexualité et considérés par Rome comme non-conformes à la doctrine catholique, le père Ansgar Wucherpfennig, jésuite et recteur de la Faculté catholique de théologie Saint-Georges, à Francfort, s’était vu refuser son nihil obstat l’été 2018. Rome a finalement dû plier devant les protestations de ses supérieurs jésuites et de plusieurs évêques allemands. Quant au père Klaus Mertes, ancien recteur du collège Canisius, il avait dû gérer en 2010 les révélations d’abus sexuels au sein de cette prestigieuse institution berlinoise.

Bras de fer entre Rome et les jésuites allemands



La source directe